Le Japji Sahib, « Le Chant de l'Âme »

L'enseignement mystique de Gurū Nānak (XVIe siècle)  

japji Sahib nam prem kyoga

« Le poème mystique de Gurū Nānak est un formidable support d'éveil ; à la fois carte du chemin et chemin lui-même. » 
Ram Singh


Le Japji s'impose par la patience.
Il demande le sens de l'écoute, et l'acceptation de l'imperfection, de la non-maîtrise. Je le chante en gurmukhi, traditionnellement, pendant la sadhana. La signification française ou anglaise m'importe peu : le sens est dans la prière, dans la récitation, dans la tonalité.

Et puis rencontrer le Japji, c'est rencontrer nos mantras. Le Mool Mantra, que nous chantons si souvent, en est la toute première marche. Cela renforce la connexion à soi, au divin.

C'est une magnifique expérience. La maîtrise finira par arriver. Le but, c'est ta Présence.

Jap, Ji : ce que disent les mots

Jap signifie répéter, réciter. Ji désigne l'âme, c'est aussi une marque de respect, tout comme Sahib. Le Japji Sahib est donc, littéralement, la récitation de l'âme.

Il ouvre le Guru Granth Sahib, le livre sacré des sikhs, et fait partie des cinq prières quotidiennes. Il se récite le matin.

Pourquoi chante-t-on en sikh en Kundalini Yoga ?

C'est la question que beaucoup se posent sans oser la formuler : "je viens faire du yoga, pourquoi est-ce que je chante des textes sikhs" ?

Parce que Yogi Bhajan, était sikh. Quand il a commencé à enseigner le Kundalini Yoga en Occident à la fin des années soixante, il a transmis les deux ensemble : les kriyas d'un côté, le Shabad Guru, la parole chantée des gurus, de l'autre. La plupart de nos mantras ne viennent pas du yoga indien, ils viennent du Guru Granth Sahib.

Dans la Sadhana de l'ère du Verseau, on récite le Japji avant les mantras. Dans les festivals, il y a un gurdwara, du kirtan, le Guru Granth Sahib installé et honoré. Beaucoup de pratiquants portent un nom spirituel en gurmukhi, moi comprise. Nam Prem Kaur

Le Kundalini Yoga n'est pas une religion. Chanter le Japji ne fait de personne un sikh, pas plus qu'écouter un requiem ne fait de toi un catholique ou autres!

Gurū Nānak, celui qui a marché

Le Japji a été composé au XVIe siècle par Gurū Nānak, premier des gurus sikhs. Avec son compagnon Mardana, il a parcouru des milliers de kilomètres à pied, à travers ce qui est aujourd'hui le nord de l'Inde, le Pakistan, le Tibet, l'Asie du Sud, pour enseigner par le chant.

Son message tenait en peu de chose : rassembler des gens de toutes castes et de toutes croyances pour chanter ensemble la beauté de la vie, et mener une existence simple et haute. C'est ce que porte le Japji.

Japji ou Guru Granth Sahib ?

Le Japji est dans le Guru Granth Sahib : il l'ouvre. Le Guru Granth Sahib, c'est l'écriture entière, environ 1430 pages, qui rassemblent les compositions de plusieurs gurus sikhs mais aussi de saints hindous et musulmans. On dit souvent que tout le reste en est le développement : le Japji pose, et les 1400 pages qui suivent déplient.

Une autre différence, plus importante que la taille : le Guru Granth Sahib n'est pas considéré comme un livre. Il est le Guru vivant, le dernier de la lignée. On l'installe, on l'honore, on le met au repos le soir. Le Japji, lui, est une prière que l'on récite.

À ne pas confondre non plus avec le Jaap Sahib, composé par Guru Gobind Singh : les noms se ressemblent, les textes non.

Le Naad : pourquoi les sons agissent

La force du Japji tient à la combinaison de ses sons, ce que la tradition appelle le Naad.

L'idée est que les sons agissent sur le psychisme, et organisés selon cette science, ils produisent des effets précis. Ce n'est pas le sens des mots seul qui travaille : c'est la vibration, la répétition, le mouvement de la langue et du souffle.

C'est aussi pour cela qu'on récite le Japji dans sa langue d'origine, même sans la comprendre.

La structure : quarante marches

Le Japji compte quarante pauris. Pauri signifie « marche », comme celles d'un escalier, et c'est exactement l'image.

La tradition enseigne que le Japji part du Divin et descend vers la terre. Il y a cinq éléments, ou tattvas, qui composent la matière : la terre, l'air, le feu, l'eau et l'éther. Et huit chakras, aura comprise. Cinq fois huit : quarante. Le compte est exact.

La première marche, le Mool Mantra, est associée au huitième chakra, à la fréquence de l'éther. Au fil de la récitation, tu descends progressivement à travers les chakras et les éléments, jusqu'à la quarantième marche, le premier chakra, à la fréquence de la Terre.

Réciter le Japji en entier reviendrait ainsi, selon Yogi Bhajan, à réaccorder tous les éléments dans tous les chakras, et à harmoniser les corps subtils et physique.

Ce que la tradition dit de ses effets

Yogi Bhajan, lui, enseignait que réciter certains pauris onze fois par jour produit des effets distincts. Le Mool Mantra donnerait accès à la profondeur de l'âme et pourrait réorienter le destin vers la prospérité. Le premier pauri contiendrait la connaissance entière du Divin et de l'extase. Chacun des trente-huit autres versets ouvrirait une voie propre de guérison et de découverte de soi.
Ce découpage-là ne vient pas de la tradition sikhe, où l'on récite le Japji entier chaque matin. C'est une lecture du XXe siècle, propre au Kundalini Yoga.

Écouter et lire le Japji

Tu peux te procurer l'édition imprimée :

Le texte de Gurū Nānak appartient au patrimoine commun depuis des siècles. Tu peux le trouver librement, en gurmukhi, en translittération et en traduction, sur les sites de référence sikhs.