Nam Prem Kaur article mis à jour en 2026
Il y a des jours où le turban s'attache tout seul. Et il y a des jours où c'est une épreuve. Voici l'histoire d'un de ces jours-là, et de ce que j'y ai compris.
J'aime aller prendre des cours ailleurs
L'autre jour, je suis allée prendre un cours de Kundalini Yoga avec un enseignant que je découvrais pour la première fois.
J'invite souvent mes élèves à aller prendre des cours ailleurs. Il m'arrive même parfois d'aller en prendre un avec l'une ou l'un d'entre eux, chez un autre professeur. C'est important de découvrir, de sentir l'énergie de l'autre, sa façon d'enseigner, son inspiration, son style, son rythme, sa voix.
De toutes les façons, comme j'aime à le rappeler, Yogi Bhajan n'a pas voulu former des adeptes mais des enseignants. Il disait : ne m'aimez pas, aimez mes enseignements.
J'aime beaucoup ce partage avec les autres, ces échanges.
Hop, hop, hop c'était fait
Donc, ce jour-là, je me suis changée et j'ai enfilé mon turban sans me regarder dans le miroir. Hop, hop, hop, c'était fait.
Il faut dire que le turban, je connais. Dans ma culture guadeloupéenne, nous portons la coiffe dans le costume traditionnel. Le foulard, je l'ai toujours vu sur ma mère, sur ma grand-mère, sur mes tantes. Et moi, j'ai bien dû commencer par l'incontournable déguisement créole de « Doudou », puis le bandana, chaque jour sa couleur. Très pratique, le foulard, pour les cheveux frisés.
Le turban n'est pas obligatoire pour enseigner le Kundalini Yoga. Mais il m'a plu, et je m'y suis tout de suite sentie bien. En règle générale, j'enseigne avec. Je me sens tenue, présente, méditante, connectée. À ma place. Et prendre un cours avec le turban est, pour moi, un gage de respect envers l'enseignant.
Bon. Ça, c'est mon truc à moi. C'est personnel et cela n'engage que moi.
Ce jour-là, je n'étais pas dans mon assiette
Quelques événements m'avaient perturbée, la fatigue aussi, quelque chose d'énergétique se passait en mon être. Quand c'est comme ça, je ne lutte pas. Je laisse faire, j'accueille. Et justement, un cours de Kundalini Yoga était exactement ce qu'il me fallait.
Je suis ravie de croiser trois personnes que je connaissais. Nous échangeâmes, nous nous installâmes sur nos tapis et nos zafus, et le cours commença. Et le cours se poursuivit. Et le cours se termina.
Je ne me suis pas sentie particulièrement portée par ma pratique. Le cours était chouette, mais moi je me sentais comme « pas finie ». Portée, mais pas finie. Encore dans ma tête indisciplinée, avec tout de même cette légèreté que j'apprécie toujours après un cours de Kundalini Yoga. En plus, nous avions eu droit à une relaxation au gong, que j'adore autant vivre que guider.
Et puis, le miroir
Tapis rangé, couverture pliée bien comme il faut, zafu à sa place. Je vais me changer et je croise mon reflet.
Et là, je remarque que jamais, depuis que je porte le turban pour le Kundalini Yoga, je ne l'avais aussi mal attaché, aussi mal enroulé, aussi mal porté. Un vrai brouillon. Un vrai n'importe quoi. J'en étais presque horrifiée.
J'avais envie de dire aux personnes que je connaissais : mais vous ne m'avez rien dit ?!
Un peu comme quand tu as le noir aux yeux qui a coulé, ou une feuille de persil entre les dents, et que tu rentres chez toi et que personne ne t'a rien dit. Même pas une copine.
Heureusement, ce jour-là, je n'enseignais pas. Je n'aurais jamais enseigné avec un turban porté de la sorte, j'en suis presque certaine.
Ce que Yogi Bhajan en disait
J'ai repensé à un de ses enseignements sur le port du turban, et je l'ai trouvé tellement juste avec ce que je venais de vivre. À l'image de l'état dans lequel j'étais.
Il expliquait que le jour où tu n'es pas sincère mentalement, ton turban n'aura jamais l'air correct, quels que soient tes efforts. Et il ajoutait que lui-même, quand il n'était pas dans son unité, obtenait invariablement le même résultat :
« C'est toujours le bordel. » Yogi Bhajan
Ça pique un peu, je sais.
Je prends la piqûre parce qu'elle m'élève. Je la prends avec humilité, et tant pis si on ne m'a rien dit.
Un détecteur, pas un tribunal
Attention quand même : je ne lis pas ça comme un jugement. Un turban de travers ne dit pas que tu as échoué à être une bonne personne ce jour-là. Il dit simplement que quelque chose n'était pas rassemblé, aligné et ce quelque chose, tu le savais déjà avant de toucher le tissu.
C'est ce que j'aime dans ce geste : il ne triche pas. Il rend visible ce qui était déjà là. À toi d'en faire une information plutôt qu'un reproche.
Et sinon, promis !
Si je te vois avec un bout de persil entre les dents, ou un turban indécent, je te le dis. (sourire)
Satnam